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Voilà, le mot est lâché.
Racistes !
Je suis presque soulagée.
Presque.
ça fait deux jours que ça tourne dans ma tête. Il faut que ça sorte.
Ici.
Ici c'est bien.
J'ai le ventre noué de vous écrire ces mots, de revivre cette scène.
J'ai du mal à m'en remettre tellement ça m'a bouleversé. Certaines choses sont tellements normales et banales que je crois naïvement qu'elles le sont pour tout un chacun.
Samedi soir je dînais dans un bistrot des Halles avec un ami. Je partageais la banquette sur laquelle j'étais assise avec une dame, dans mon dos. Elle dinait avec une amie. Je ne les voyais donc
pas. Sauf quand je me retournais pour regarder la télé au-dessus de leurs têtes : eh oui on étaient là pour France-Roumanie (enfin lui surtout hein ; - ) !
Quand je dis "dames" je suis sympa. Disons que toute l'âme du vieux Paris régnait dans leur accent titi, leur cheveux peroxidés et le fond de teint qui coulait dans leurs rides. Sans parler du
bleu sur les paupières. Elles avaient plutôt l'air de deux vieilles prostituées qui se tapaient la cloche du mois ! Je les trouvaient même rigolotes, surtout quand elles se sont payées un fou
rire en commandant le plat du jour, de la Morue... beh oui... un peu comme elles mais en plus frais?
Donc mon ami et moi regardions ce match. La télé était dans mon dos, je me retournais parfois pour la regarder, voire même m'asseyais de travers sur la banquette, plutôt large, que j'avais pour
mois toute seule. Lui il faisait face au poste et à l'une des morues, l'autre il pouvait même la voir dans le grand mirroir du fond.
A un moment le ton de la conversation des deux derrière moi a monté.
Elles étaient en colère, agressives... j'ai mis longtemps à réaliser que ces deux-là bavaient sur moi, que j'étais leur problème (enfin c'est ce que je croyais à ce moment là). Elles parlaient
suffisament fort pour que j'entende sans s'adresser à moi. Le problème c'est que je bougeais. ça dérangeais ma voisine de derrière. Mais la plus virulente et odieuse envers moi était sa copine
qui lui faisait face. Donc que je ne dérangeais pas, et que je ne voyais même pas.
J'entendais des "non mais quel sans gêne", "elle se croit dans son salon celle là", elle a la bougeotte ou quoi, elle le fait exprès", "pff et ça regarde la télé bien sûr"...
A vrai dire je ne me souviens pas bien de tous les mots, mais surtout du ton qui m'a littéralement assomé tellement il était plein d'agressivité, de mépris et je dirais même de haine.
A ce moment là je ne comprenais pas pourquoi.
Calme, je me retourne et demande : "il y a un problème ?" pensant que la dame allait se retourner et m'expliquer.
Pas du tout.
Elle continue à m'invectiver de dos, sa copine me lance des regards comme si j'avais tué ses parents.
- "Madame, si je vous dérange vous pourriez juste vous retourner et m'expliquer ce qui ne va pas".
Elle me gueule dessus dans le mirroir avant de se retourner enfin et sortir une réplique digne d'Audiard "Vous avez des vers dans les fesses ma parole ?".
Je répondais je ne sais plus quoi et sa copine, qui devait connaître le patron a lancé dans sa direction, offusquée "Oh, Patrick... intervient !"
Voilà je devais être jetée dehors comme une malpropre.
Evidemment le Patrick n'a pas moufté ; - ) !
J'étais estomaquée, abasourdie par tant de vulgarité et d'agressivité. Je n'étais pas la seule dans la salle dans ce cas je crois à voir les visages étonnés des tables voisines... Mais dans ces
moments là, l'émotion me submerge, je ne sais pas lancer la réplique qui tue. Je perds tous mes moyens.
Mon ami essaiyait de me calmer "tu es bien au-dessus de ces dames vulgaires, laisse-les".
Il avait raison. Je me calme.
Elle se sont mises aux messes basses, mais pas trop, juste assez pour que j'entende LA phrase qui tue.
L'inadmissible.
De la morue la plus virulente, l'explication de tout : "De toute façon quand tu voies de qui elle est accompagnée....".
Là je crois qu'on m'aurai assomée d'un coup de massue sur la tête je n'aurai pas pu être plus sonnée. Un détail, oui, pardon, je n'avais pas précisé : mon ami à la peau noire.
Voilà donc ce qui me rendait si ignoble, méprisable et détestable : j'étais accompagnée d'un noir ! Non-être humain, "damné de la terre", qui ne mérite pas d'exister, et moi pauvre moins que rien
de merde, comme ces femmes pendant la guerre qui avaient couchés avec les nazis... Je me sentais salie, insultée, méprisée, mais surtout je me sentais salie pour lui, nié. On était revenus d'un
éclair dans les années 50 de la ségrégation et de la haine.
Mon ami a vu que j'étais bouleversée. Mais ne savait pas pourquoi. Il n'avait pas entendu.
J'avais du mal à respirer, j'avais honte, j'avais envie lui jeter mon verre à la figure à cette pute, de la frapper, j'avais envie de hurler, de pleurer, je tremblais, mais en même temps j'étais
confuse.... je me disais "non c'est pas possible je rêve", "j'ai mal compris", j'ai retenu mes larmes tant que je pouvais, à me cacher.
Mon ami a dit "on s'en va".
Pendant qu'il payait j'ai filé. Je me suis presque enfuie.
Sans un mot.
En sanglots.
Je ne voulais pas qu'elles voient.
J'avais honte, tellement honte de ne pas lui avoir arraché la tête. Honte de ne pas avoir fait un scandale, honte de ne pas lui avoir fait honte à elle des propos odieux,
impossibles, qu'elle venait de prononcer. Honte de ne pas lui avoir dit que c'était interdit, qu'elle n'avait pas le droit.
Honte de ne pas lui avoir imposé de faire des excuses à mon ami.
Elle n'en valait peut-être pas la peine. Mais l'honneur d'un homme oui.
Je m'en veux toujours de ne rien avoir dit. Je m'en veux je m'en veux !!!!!!
Et puis les premières répliques qui me sont venues à l'esprit après coup n'étaient même pas les bonnes.
Il se trouve que mon ami est chirurgien. J'ai d'abord pensé y retourner et lui dire "Madame j'espère pour vous que vous n'allez pas faire une rupture d'anévrisme dans la soirée car la seule
personne qui pourrait vous sauver la vie c'est ce monsieur noir, là, qui est parti".
Ou alors "Rendez-vous compte que cet homme qui est neuro-chirurgien devrait même sauver la vie d'ordures comme vous si elles se retrouvaient avec une tumeur au cerveau sur sa table
d'opération"
Mais en me disant ça je faisais erreur. Je voulais lui clouer le bec. C'était pas les bon arguments.
Parce que même s'il avait été éboueur ou chômeur il aurait mérité son respect le plus profond.
Mais y a t-il de bons arguments face au racisme, face au rejet et à la haine à l'état pur ?
Cette nuit-là j'ai très mal dormi.
J'ai pensé à Rosa Parks dans son bus en Alabama qui avait osé s'opposer et refuser de laisser sa place à un blanc.
C'était il y a plus de 50 ans. C'était hier.
J'ai pensé que bientôt le pays le plus puissant du monde sera peut-être dirigé par un métis mais qu'il y avait encore du chemin à faire. J'ai pensé à Juliette Gréco, sublime, accompagnée de Miles
Davis un soir de 1949 à St Germain, elle s'est vu refuser l'accès de son restaurant favori... car elle aussi était "mal accompagnée". Savez-vous ce qu'elle fit ? Elle prit la main du Maître
d'Hôtel, "donnez-moi votre main mon ami", et elle cracha dessus !
Ce soir là j'aurai voulu avoir eu le courage de Rosa Parks ou le panache de Gréco.
* "damnés de la terre" est le titre d'un livre de Frantz Fanon traitant des conséquences psychologiques de la colonisation sur les colonisés.
Il est fameux notamment pour sa belle préface de Jean-Paul Sartre.
"Prends soin de toi, chaque jour est une vie."
Un ami vient de
m'écrire ça.
C'est beau.
Hier je disais que j'avais envie d'une rencontre.
Aujourd'hui je me demande de quoi j'ai envie vraiment, au fond.
Quel type d'homme, quel type de vie... comment je me projette ?
Parce que là il est temps de se remettre en mouvement hein !!!! Assez hiberné comme ça la Delph !!
Et si je me programme pour cette rencontre, si je sais ce que je veux, c'est ce qui m'arrivera.
On attire ce en quoi on crois.
Donc je veux y croire.
Alors voilà.
Je me programme !
J'aimerai rencontrer un homme sensible avat tout, avec de la fantaisie, de l'humour et du caractère. Non. Je veux rencontrer, je vais rencontrer un homme sensible, avec de la fantaisie, de
l'humour et du caractère ! Quelqu'un de fiable et droit.
Idéalement faudrait un parisien hein... car je n'aime que le bruit, la pollution, la foule de Paris. La maison à la campagne très peu pour moi, même la banlieue... hors de portée de vélib' je
m'ennuie ! D'ailleurs j'aimerai vivre dans un quartier populaire, vivant et vrai, plein d'animation non-stop.
J'aimerai bien aussi qu'il gagne sa vie cet homme, sans avoir besoin de moi... ça me fera des vacances. Fini les chômeurs et les artistes sans avenir, j'ai déjà donné, maintenant j'aimerai bien
recevoir aussi justement. Et j'arrête aussi de trouver de connes raisons de culpabiliser si j'ai envie de confort.
Et puis il faut qu'il aime les voyages car je voudrai voyager, voyager, voyager... Aller au Mali, au Vietnam, en Australie, au Kenya, en Inde, au Sénégal, au Pérou, au Maroc, en Mongolie, en
Afrique du Sud, au Japon... et que sais-je encore... D'ailleurs s'il pouvait venir de quelque part par là ce serait génial !
Et puis il faudrait qu'il aime les enfants, qu'il aie envie d'en avoir... même d'en adopter un... j'aimerai adopter... sortir un enfant triste de son orphelinat et lui offrir un jour
meilleur.
De toute façon j'ai besoin d'agir pour faire avancer un peu mieux, à ma minuscule échelle, ce monde dans lequel je vis et où je côtoie la misère. Et ce serait important pour moi qu'il soit
sensible à ça.
Et s'il en avait déjà des enfants ce serait top aussi !
Voilà.
Un appart vivant plein d'amour et de cris d'enfants, de couleurs et de parfums d'encens.
Pour l'instant j'ai les couleurs et l'encens.
C'est déjà ça.
Ce qui devait arriver arriva.... ou presque.
Un an après ce fatal avril où ma vie est partie en mille éclats de verre.
Je me promenais avec une amie dans le quartier des Halles. Elle voulait me montrer où était Joe Allen un super resto américain... On passe devant Le Père Fouettard. Je lui dis
:
- "Tiens tu te souviens tu m'as fait découvrir ce bistrot... Après j'y suis allé souvent avec mon ex, j'y vais plus maintenant. Tiens, d'ailleurs un jour ou l'autre tu verras, je tomberais sur
lui par hasard...
- Bah tu l'as pas vu ? qu'elle me dit
- Qu'est ce tu racontes Cécile ?
- Bah regarde là, on vient de le croiser. Il est là regarde."
Et pourtant j'ai deux yeux. Mais je l'ai pas vu.
Ni avant ni après. Il est passé à deux mètres de moi. Et je l'ai cherché du regard dans la rue....
Si, j'ai vaguement fini par entr'apercevoir au loin un bout de foulard.
J'ai mis un moment avant de comprendre.... je croyais qu'elle me menait en bateau ma Cécile.
C'est DINGUE quand même !!!! Au moment précis où je prononce les mots "un jour ou l'autre je tomberai sur lui" on se croise... Moi j'en reviens pas !
Et un an après jour pour jour !!!
Un signe du destin qui confirme je suis passée à autre chose.
La preuve : il est devenu transparent, invisible, juste vide.
Et pas que pour moi d'ailleurs ,-)
On venait à peine de finir d'emménager dans un grand appartement avec une chambre de plus.
J'avais arrêté la pillule depuis quelques mois.
J'étais au comble du bonheur et de ma vie de femme.
Un jour il a dit "j'ai rencontré quelqu'un".
Il me trompait déjà depuis près de trois mois.
Le sol s'est ouvert sous mes pieds.
Tout a basculé
Il m' a quitté quelques jours après.
Très vite
4 ans 6 mois
4 jours
J'aurai presque préféré qu'il meure dans un accident de voiture... ça aurait été plus facile à surmonter.
Sous le choc je l'ai frappé.
Je regrette de ne pas avoir frappé plus fort.
Je sais que ces mots peuvent choquer.
C'est dur. C'est violent.
Mais ce n'est rien à côté de sa violence.
La première nuit j'ai cru me perdre dedans.
"Je n'en peux plus de cette nuit qui n'en fini plus."
Un noir envahissant, absolu, ultime.
Mon corps hurlait de douleur
Je hurlais d'ailleurs.
Et lui me tenait la main pour que je ne meure pas.
Je n'arrivais pas à respirer. J'étais happée par le noir.
Je disparaissais.
Et puis le matin a fini par arriver. Des cris d'enfants dans la cour.
Je me suis levée.
Je ne sais pas comment.
J'ai pris le métro.
Je suis arrivée au bureau.
J'en suis partie à peine une heure plus tard.
C'était un jour brûlant d'avril... Je suis allée dans un parc et je me suis effondrée par terre.
J'ai passé la semaine par terre à pleurer et à errer tel un zombie dans les rues, tous les paumés de la ville m'abordaient. Je déambulais et je tombais. Le regard vide, le corps faible.
Je me suis perdue cette semaine là.
Et puis j'ai pris un train.
pour le vert, pour les vielles pierres.
J'ai pleuré tellement pleuré
Toujours par terre
Et puis mon frère m'a ramassée
Il ne m'a plus lâchée.
Il y a 4 mois je détestais la guitare électrique.
Je ne t'en veux pas
Je ne te vois pas
Et j'ai oublié
Qui tu étais
Qu'est ce que j'ai bien pu faire
De ce souvenir
J'ai oublié
De quoi nous avons parlé
A la fin de l'été
J'ai oublié
J'ai tout oublié
Oublié
/// Noir Désir ///
je sais qu'il manque parfois l'étincelle
je sais qu'il ne me manqe pas l'essentiel
je sais que c'est toujours l'amour qui donne des ailes
- le saut de l'ange -
je sais qu'on a le coeur au bord du vide
mais je sais que c'est l'ange qui nous guide
entre les orages, entre les naufrages
Zazie pour Calogero in "Pomme C"
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